Le miracle était annoncé depuis trois mois déjà. La dame, tout de blanc vêtue, a choisi trois jeunes bergers comme messagers.
Le village de Fátima au Portugal ne comporte que quelques milliers d’âmes. Pourtant, la nouvelle s’est répandue aux alentours comme une traînée de poudre.
Ce matin du 13 octobre 1917, 70 000 âmes — des fervents, des curieux, des dubitatifs, des qui n’avaient rien de mieux à faire se sont réunis sous la pluie battante. Eclectique groupe de personnes en quête d’autant de vérités, d’autant de fictions.


Le miracle s’est fait attendre. Puis, le ciel s’est ouvert, les nuages se sont fendus et le disque d’argent a commencé sa course folle. Tout à coup, l’herbe n’était plus herbe mais vacillements rouges, jaunes ou violets. Le soleil ne brûlait plus le regard mais l’accompagnait dans une danse incongrue, saccadée. Prophétique. Tous ont vu, tous n’ont pas cru.
Dans cette danse solaire, deux artistes se sont trouvées. L’une photographe, l’autre sculptrice, toutes deux sensibles aux mouvements de la lumière, aux métamorphoses des matières, au glissement du réel vers des sphères imagées, spirituelles, poétiques. Alors, elles ont investi les vestiges, accueilli les paroles, mis leurs gestes en regard pour ériger autour de Fátima des cathédrales de lumière.
Dans ce dialogue entre images et matières, passé et présent, les récits se réinventent, ouvrant de nouveaux imaginaires et espaces de résonance.Un siècle plus tard, l’écho du miracle perdure. Voyez comme la lumière, inlassablement, modèle le monde à son bon vouloir. Elle enveloppe et sculpte, altère et éclaire, se fait prisme et miroir. Mirage ou miracle—soyez à votre tour témoins.
« Le miracle du soleil », de Marguerite Bornhauser et Marion Flament est à voir à la Galerie Porte B., à Paris, du 15 mars au 12 avril 2025.